New Age


 
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Entre deux mondes.[PV]

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MessageSujet: Entre deux mondes.[PV] Mer 16 Jan - 16:23


★Une éternité★

Le voyage semblait avoir duré une éternité. Une éternité c’est aussi ce qui la séparait d’Elisa, de papa, de maman. George contemple les alentours, l’index posé à ses lèvres pour y saisir l’extrémité de l’ongle afin de le mordiller pour faire passer l’anxiété qu’elle commençait à ressentir. L’homme qui l’avait accompagné durant le voyage semblait avoir remarqué son geste et lui souriait gentiment. La jeune fille ne dit rien semblant l’ignorer superbement, traînant de sa main libre sa valise, lentement. L’homme marchait rapidement et il dû ralentir quelques fois pour que la nouvelle pensionnaire puisse le rattraper. Il se surprit quelques fois à regarder la jeune fille aux cheveux roses, comme s’il espérait qu’elle lui jette un regard, qu’elle ouvre la bouche, en vain. George marchait lentement, dévorant du regard les alentours, détaillant les arbres, le ciel, le sol, l’horizon, tour à tour dans sa tête, comme si elle voulait en graver l’image. L’homme parlait de temps à autres, pour lui expliquer les us et coutumes des Bermudes mais il fallait dire que George n’écoutait pas un traître mot de ce qu’il lui disait, trop occupée à regarder fiévreusement le paysage.

George s’arrête un instant, alors qu’ils passaient devant une vitrine, elle se tourne, lentement, avant d’aller coller son nez contre la vitrine. Des jouets, des milliers de jouet à perte de vue, des poupées des ours, des trains électriques, d’autres automates et robots faisaient la cours à des poupées en plastique qui semblaient sous le charme. La jeune fille se colla plus encore contre la paroi de la vitrine, son nez s’aplatit presque contre. L’homme qui l’accompagnait dû revenir sur ses pas, la trouvant toute plaquée contre la vitrine. Il la héla quelques fois mais elle ne semblait toujours pas l’entendre, il se demandait ce qu’elle essayait de faire. Peut-être qu’elle voulait entrer dans l’échoppe, enfin de compte, peut-être qu’elle ne connaissait pas le système des portes. Il se tenait derrière elle, pendant un moment, elle ne semblait pas vouloir décrocher du magasin, sans doute étaient-ils déjà en retard pour le rendez-vous qu’on leur avait fixé à 10h30 ce matin dans le bureau du directeur mais puisqu’il était impossible de communiquer avec la nouvelle venue il devait prendre son mal en patience. L’homme sortit son paquet de cigarette, la glissa entre ses lèvres et l’alluma, tirant dessus une première pour, quelques secondes relâcher la fumée. Presqu’au même instant George se tourna vivement, cela surprit le fumeur qui n’avait vu qu’une jeune fille lente et mesurée jusque dans ses gestes. Elle s’approcha de lui tendit une main vers ses lèvres pour en saisir la cigarette par le mégot. Ses longs doigts fins effleurèrent sa lippe presque sournoisement, il tressaillit un instant, les yeux dans les siens. Pas un seul instant ses ils n’avaient accrochés les siens, ses iris roses étaient rivés sur le long tube de tabac laissant l’homme plonger dans la perplexité. Il put détailler son visage, ses yeux passèrent de ses pupilles à l’arête de son nez le trouvant un rien aquilin, sa peau était pâle et le soleil qui se reflétait sur ses joues légèrement creusés finissait de la rendre plus pâle encore qu’elle ne l’était. Son regard fini par tomber sur ses lèvres rosées, charnues et entrouverte. La proximité de la jeune fille fini à cet instant par le rendre mal à l’aise. Il déglutit un instant les bras ridiculement figé contre ses hanches puis, alors que les secondes semblait durer une éternité elle se détacha.

La jeune fille reprit sa route, presque immédiatement ignorant une nouvelle fois son compagnon de fortune, glissant entre ses doigts la clope, les yeux rivés sur la fumée et de temps à autres sur le bout incandescent. Elle n’avait pas eu l’idée un seul instant de la porter à ses lèvres, tout ce qu’elle voulait c’était l’observer. L’homme aussi observait, toujours perplexe face à l’attitude de la nouvelle venue. Il se gratta la tête, n’osant pas récupérer une cigarette perdu dans son paquet de peur qu’elle lui soit de nouveau subtilisée et que la situation ne devienne de nouveau gênante. Lassé de son observation il se décida à prendre la tête, il devait quand même guider la gamine à New Age. Il se retournait de temps à autre pour vérifier que l’ingénue ne c’était pas de nouveau perdue dans la contemplation d’une autre vitrine, mais la cigarette faisait bien son travail et l’occupait convenablement. Il marchait, les mains dans les poches, impatient d’en finir, d’habitude les p’tits sont plus causants qu’elle, là il aurait très bien pu se balader seul que ça n’aurait pas changé grand-chose.

Ils passèrent les grilles et finalement ils arrivèrent, il dû se retourner et récupérer le mégot encore brûlant de la cigarette pour aller le jeter. La tâche fut ardue, l’homme n’osait pas l’attraper de peur de toucher sa peau et de ne subir une nouvelle fois le frisson qui lui avait parcouru l’échine tout à l’heure. Il était posté devant elle qui semblait trop occupée à regarder aux alentours pour daigner lui accorder la moindre attention. Il soupira, agacé par son comportement mais décida de laisser ça sur le côté, fixant le mégot avec attention. Lentement il dirigea sa main vers les siennes puis en saisi délicatement le bout, son index frôla sa main et il dû suspendre son geste quelques secondes avant de se reprendre et de saisir le mégot. George se détacha un instant du mur guidant ses pupilles vers les siennes, pour la première fois. L’homme se figea, surprit, cela ne dura que quelques secondes pourtant il se sentait fier, fier d’avoir pu, même sans le vouloir, capter son attention. La jeune fille recula sa main et pencha la tête sur le côté, le regardant comme s’il venait d’apparaître devant ses yeux, elle se mordit la lèvre avant de se reculer puis, laissant sa valise en plein milieu du couloir elle court, presque à en perdre haleine, l’homme à ses trousses. Elle grimpa les escaliers, continuant de courir alors que l’homme lui criait de s’arrêter.

Il était fatigué, franchement, cette fille le fatiguait. Qu’est-ce qu’elle avait à la fin ? Il grimpait à sa suite l’escalier, la valise de la jeune fille à la main, menant au premier étage. Peut-être lui avait-il fait peur ? Il secoua la tête intérieurement, il n’avait rien fait. Pourtant il fallait s’attendre à tout avec cette fille. L’homme, perdu dans ses réflexions, rata une marche, sa proie en profita pour accélérer si bien que lorsqu’il atteignit le premier palier elle avait disparu. Il jura, puis commença à arpenter l’étage.

« Sors de là petite je suis désolé si je t’ai fait peur…»

George s’était faufilée dans la bibliothèque et attendait, cachée sous une table, ses mains étaient cachés dans les plis de sa robe.


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Zelda N. Estragos

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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Mer 16 Jan - 18:38

Ils sont de plus en plus tarés ici, c'est pas possible.
J'étais tranquillement en train de lire un livre, les élèves vaquaient à leurs occupations, comme d'habitude, certains lisaient, d'autres faisaient leurs devoirs (je préfère limiter l'emprunt des livres scolaires et autres encyclopédies, c'est un peu plus cher quand ça s'abîme), puis là, tout d'un coup, une adolescente avec des cheveux roses est arrivée et s'est planquée sous une table. D'ailleurs, je ne l'ai jamais vue celle-là. Une nouvelle ? Sûrement. Le monde « extérieur » commence à sombrer dans la folie. C'est malheureux. Déjà qu'avoir des cheveux roses, c'est particulier, -mais elle n'est pas la seule dans ce cas-, alors faire son arrivée de la sorte, c'est du jamais vu. On dirait... Un écureuil. Oui, un écureuil effarouché. Même Nayden avait eu peur, sur le coup. La pauvre bestiole s'était cachée dans son abri en entendant cette fille arriver. Elle était vraiment étrange. Tout le monde s'était tourné vers elle, puis vers moi, en attendant ma réaction. Ah oui, c'est vrai. C'est moi la bibliothécaire. Et merde.
Tout d'abord, en gardant la fille à l’œil, je sortis Nayden de sa cage, posant le rat sur mon épaule. Après quelques caresses pour le rassurer, je toisais du regard les gamines peureuses qui insultaient les rongeurs du monde entier en chuchotant à leurs copines. Enfin bref. Elle avait intérêt à avoir ses raisons, la rose. Parce que dans mon top 10 des choses à ne pas faire, déranger le calme de la bibliothèque est en très bonne position.

« - Le spectacle est fini. Retournez à vos livres, s'il vous plaît. »

Les élèves obéirent, et reprirent leurs occupations, tout en se retournant de temps à autre pour regarder la nouvelle venue. Moi, je m'agenouillais, en prenant garde de ne pas faire tomber Nayden. Le petit animal couinait, en regardant la gêneuse de ses grands yeux noirs. Et maintenant ? Je dis quoi ? Si elle est atteinte d'une maladie mentale, je suis dans de beaux draps. Je ne pouvais pas lui crier dessus. De toute façon, je ne crie jamais. Je ne m'énerve jamais. Là, j'étais juste un peu agacée. On a interrompu ma lecture. Tout le monde ici évite de le faire, par simple respect. Les habitués savent que je me plonge corps et âme dans les intrigues de mes bouquins. Là, l'intrigue devrait attendre. Avais-je déjà été gênée comme ça à la bibliothèque ? Oh, oui, quelques fois. Pourtant je ne suis pas employée ici depuis longtemps. Une année à peine. Mais les adolescents peuvent être vraiment très chiants par moments. J'ai eu le droit à de faux malaises, à des serpentins, à des pouvoirs utilisés à tort et à travers. C'est étrange, je me sens vieille en parlant comme ça. Comme si je ne savais plus m'amuser. Il ne faut pas oublier que dans mes années en tant qu'étudiante ici, je faisais aussi mon quota d'idioties.
Mais je n'ai jamais simulé de malaise.

« - Excuse-moi, mais tu sais qu'on est dans une bibliothèque ? C'est pas possible de faire autant de bruit, on est dans un endroit supposé être calme, tu vois. »

Logique. Comme d'habitude, mon intonation avait été un peu brutale. Heureusement pour cette fille que je ne m'énerve que très rarement. Sinon, elle l'aurait sentie passer, ma colère. Ce n'est pas dans mon intention d'être désagréable, mais je ne suis pas toute douce toute rose, je n'allais pas dire « oh, ma chérie, qu'est-ce qui te tracasse ! » non plus. Si elle était nouvelle, c'était mal parti pour la mioche. Mioche qui avait, si j'estimais bien, dix-huit ou dix-neuf ans. Et elle était grande. Aussi grande que moi, peut-être plus. Puis ses cheveux roses, c'était une teinture, apparemment. On distinguait quelques rares cheveux bruns par-ci par-là. En suivant ce raisonnement, ses yeux roses étaient aussi des lentilles. Comment peut-on aimer le rose à ce point-là ? Même moi, qui n'ait pourtant rien contre cette couleur, je ne pourrais pas en porter autant. Tout simplement parce que c'est très... « Barbie ». Ah non, je ne suis pas garçon manqué. Entre ça et féminine, on va dire. Puis ma vie à Rio, même si elle fut très haute en couleurs, ne m'a jamais incitée à porter des teintes que les filles de mon âge portaient habituellement. Moi, j'étais vraiment dans le « bleu ». Autant dire que mon pouvoir m'a tout de suite plu. Contrôler des choses bleues et mouvantes... Des gouttes d'eau... C'en était presque exaltant. Malgré tout, même maintenant je ne contrôle pas parfaitement mon pouvoir. Je peine à soulever deux litres d'eau. Je n'ai jamais été très douée dans la maîtrise de mon Don. Mon domaine, c'est plus la littérature. L'écriture.
Tout d'un coup, j'entendis une table rire. Pendant tout ce temps, j'avais le regard rivé sur la gamine planquée sous la table. Les adolescentes, à la table d'à côté, se moquaient. « Eh, regardez, elle a les cheveux roses, elle est tarée ». Je haussais les sourcils. Qu'est-ce que ça peut leur foutre, que la gêneuse ait les cheveux roses ? Décidant d'intervenir, je me levais, puis posais mes deux mains sur la table concernée, en toisant d'un œil moqueur les deux andouilles qui se la racontaient. Deux demoiselles pas très malignes, et complètement à côté de la plaque, il faut bien dire ce qui est.

« - Oh, regardez. La demoiselle a une moyenne pitoyable, il faut croire qu'elle s'y connaît plus en coiffure qu'en littérature. Sinon, on m'a raconté que tu te maquillais pendant les cours de mathématiques. Je suppose que sortir le miroir pour voir le résultat, c'était trop indiscret. Pourtant, je vois quelques retouches à faire. Et quelque chose me dit que... Ah, oui, le mascara bleu, évidemment. »

Oh, oui, je les détestais, ces deux-là. A mon arrivée sur l'Île des Bermudes, je me faisais souvent railler à cause de mes vêtements colorés, les seuls objets qui me restaient de Rio de Janeiro. Du carnaval. C'était pareil pour mes yeux. Heureusement que la maturité grandit avec le corps, les gens s'accordent maintenant pour dire que mes iris très pâles sont plus un atout qu'un défaut. Malheureusement, cette fameuse maturité n'est apparemment pas au rendez-vous avec les deux poupées que j'avais devant moi.

« - Sans vouloir te vexer, je crois que je préfère encore la teinture rose. Le mascara bleu, c'est vraiment ridicule. C'est pour ça que j'aimerais que toi et ton miroir de poche partiez d'ici assez rapidement, parce que tu n'es absolument pas venue ici pour lire, et ça fait trois quart d'heure que je l'ai observé. »

Cette fois, c'était moi le spectacle. Des remarques du genre, ça arrivait à peu près une fois par semaine. Depuis son arrivée à la bibliothèque, cette fille ne faisait que discuter avec son petit chien (l'autre fille, si vous préférez), et cette remarque m'avait fait penser qu'elle n'avait rien à faire ici. L'intéressée partit donc, vexée, avec son amie qui la suivait, pendant que les autres esquissaient des petits sourires. C'est toujours amusant pour les élèves de voir un de leur camarade se faire sermonner. Ah, j'ai des très bons souvenirs avec ça. Mais revenons-en à cette étrange jeune femme. Je me retournais, et m'asseyais sur la chaise, maintenant libre depuis quelques secondes. A présent que j'avais passé mon agacement sur quelqu'un, j'étais de nouveau parfaitement calme. Et apte à discuter tranquillement. Pour peu que cette fille sache parler, on ne sait jamais.

« - Bon. Pourquoi tu t'es cachée ici ? Quelqu'un te suit ? Tu es nouvelle, ici ? »

Ma raison me poussait à me dire que la rose n'avait peut-être pas de mauvaises intentions. Si ça se trouve, les raisons de se cacher sous cette table étaient tout à fait pertinentes. Pour en revenir à ma première hypothèse, peut-être était-elle seulement atteinte. Sans me moquer. Enfin, on allait bien voir ça.
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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Mer 16 Jan - 21:28


★Cache-cache★



George attend, sans bouger, bien à l’abri sous sa table, ses menottes s’agitaient, alors que son regard lui se baladait sur les alentours, essayant d’apercevoir quelque chose de là où elle était. Elle ne pouvait voir que le bas des meubles et des pieds, des jambes, des chaussettes de toutes les couleurs de tous les motifs, le plancher craquait aussi sous ses pieds. Il y avait tant de chose à observer que ses iris ne savaient plus où se poser. La jeune fille ne faisait pas attention aux bruits alentours pas même au désordre qu’elle avait provoqué en entrant dans la première salle venue pour s’y cacher. C’est peut-être pour cela qu’elle fut surprise de se retrouver nez à nez avec un rat. George l’observait, les yeux brillants d’excitation, ça valait toutes les paires de chaussette du monde ! Doucement elle tendit les deux mains en avant, suspendant son geste en voyant l’animal se recroqueviller sur ce qui ressemblait à une épaule humaine. Elle pencha de nouveau la tête sur le côté se demandant bien ce qui effrayait tant ce petit être, peut-être était-ce parce qu’elle lui était inconnue. Sur cette déduction elle approcha lentement sa tête du rat, les yeux grands ouverts puis elle tendit l’index pour lui caresser la tête quelques instant avant de le laisser, histoire de ne pas le terrifier plus qu’il ne devait l’être. Elle continuait de le regarder cependant, essayant peut-être d’établir une discussion mentale avec le rat, qui sait ?

Les secondes défilaient, toutes plus lentes à chaque fois, avant qu’une voix vint ébranler la concentration de la jeune fille. Elle tourna le regard, les yeux grands ouverts tous affolés. Ce n’était pas temps la phrase mais la dureté qui l’avait un peu paniqué, comme si les mots en même ne l’avaient pas encore atteint ou du moins leur sens. Grâce à cela au moins, elle put aller observer au-delà de cette fameuse épaule humaine sur laquelle été perché le petit rat. Elle tomba sur des cheveux bruns, sur une peau hâlée et sur des iris pâles. Etait-ce du bleu ? En tout cas un tas de chose attirait l’attention de George sur ce visage, qu’elle détailla pour elle dans son ensemble, intriguée. Jamais elle n’avait vu pareil visage dans sa Grosse Pomme natale, pourtant elle trouvait ça jolie. Elle détailla son nez, ses joues, ses lèvres, l’éclat de sa peau, ne sachant statuer sur la couleur de sa peau.

George n’entendit pas la remarque d’une de ses futures camarades de classe, qui avait critiqué ses cheveux, ou du moins elle ne l’avait pas atteinte, après tout pourquoi faire attention aux autres s’ils n’en valent pas la peine ? George n’accorde de l’importance qu’aux choses et aux gens qui le mérite, après tout. Peut-être que c’est pour ça qu’elle semble avoir un temps de retard quand on lui parle, ce n’est pas pour autant qu’elle n’est pas vive d’esprit, au contraire, puisqu’elle est passée à autre chose depuis longtemps elle met du temps à revenir en arrière. Et puisque la remarque lui était passée au-dessus elle ne comprit pas pourquoi la personne qu’elle observait était partie de son champ de vision.

George se mordit la lippe, se demandant si elle devait sortir de sa cachette pour chercher après la personne qu’elle était en train de fixer plus tôt ou bien rester cachée sous la table à observer les fameuses chaussettes. Elle finit par se décider, sortir semblait plus intéressant que s’extasier sur des paires des chaussettes. Prudemment elle sortit la tête, regardant sur les côtés pour voir si la voie était libre, elle sortit presque entièrement de sous la table et se redressa sur ses genoux avant de s’installer dessus. Finalement l’objet de sa contemplation ne s’était pas enfuit très loin puisqu’elle se retrouvait assise sur chaise. Elle vit l’inconnu ouvrir la bouche pour lui poser une question, qu’elle ignora dans un premier temps, fascinée par ses yeux. Elle resta un moment immobile, ses iris dans les siennes, sans cligner des yeux. Elle déposa son index contre ses lèvres en guise de réponse, puis satisfaite de sa réponse elle entreprit de se redresser. Lentement dans un premier temps puis un peu plus rapidement, mais avant de n’avoir pu se redresser entièrement elle entendit le bruit caractéristique de sa valise rose à roulette qui roulait sur le sol. Vivement elle retourna sous la table, les mains sur le sol au cas où il lui faudrait ramper pour sa survie. La porte s’ouvrit quelques minutes après, l’homme se tenait à l’embrasure de la porte, il entra silencieusement, semblant avoir vu une tignasse rose par la fenêtre donnant du couloir à la bibliothèque. George retint presque son souffle, se demandant s’il allait finir par la trouver, finalement. Pourquoi fuyait-elle ? En vérité l’homme lui faisait peur. Ou du moins la rendait nerveuse. Si la jeune fille s’autorisait à peine à toucher les êtres humains elle ne supportait que très peu que les autres, du moins les inconnus, en face de même. Surtout qu’elle ne se rappelait absolument pas connaître l’homme. Elle avait bien des vagues souvenirs de fumé de cigarette, de lunette de soleil pendu sur un veston noir mais c’était tout. Que lui voulait-elle, à la fin ?



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Zelda N. Estragos

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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Jeu 17 Jan - 12:21

Spoiler:
 


Voilà une étrange réponse. Je ne savais pas vraiment quoi en faire. La rose devait vraiment être muette, alors. En ce moment, rien ne pourrait m'étonner davantage que de l'entendre parler.
Un homme était arrivé, et se tenait dans l'embrasure de la porte, une valise rose derrière lui. Qui était-ce ? Je ne le reconnaissais pas. Pourtant il me disait quelque chose. Peut-être l'avais-je déjà croisé avant.
Mes yeux, d'un bleu très pâle, semblaient fasciner la rose. Mes iris, qui attirent pourtant très souvent l'attention, n'avaient jamais été la cause d'autant de fascination. Connaissait-elle le monde extérieur ? L'adolescente est fascinée par tout ce qui se trouve autour d'elle. C'est étrange.
Cependant, cet homme devait la chercher. Il allait forcément finir par la trouver, se cacher sous une table n'est pas très discret. Néanmoins, si la nouvelle ne voulais pas le voir, je n'avais pas le droit de contester sa décision. En regardant l'homme dans les mirettes, je me levais, puis commençais à me diriger vers lui. Les élèves étaient très contents. Trois spectacles en moins de dix minutes, le moment était bien choisi pour venir faire ses devoirs. Qu'est-ce qu'ils pouvaient m'insupporter, par moments. Je ne sais pas pourquoi j'ai autant de haine envers les jeunes, alors que j'en suis une, aussi. J'ai à peine la vingtaine. Pourtant, ils m'agacent. Suis-je jalouse ? Jalouse de les voir s'amuser autant, en groupes, en train de raconter leurs dernières aventures à leurs amis ? Peut-être.

« - S'il vous plaît, arrêtez de fixer ces deux personnes, ce doit être très gênant pour elles. »

Certains comprirent, d'autres décidèrent de faire leurs rebelles. Putain. Ils sont vraiment cons par moments. Même moi, je n'essayais pas de contester les demandes du personnel. Mon ton mielleux s'évapora, pour laisser place à une voix sèche, glaciale.

« - Retournez-vous. »

Ils se retournèrent. Je veux bien être gentille, mais il ne faut pas abuser non plus. Quand je demande quelque chose, c'est pour qu'on le fasse. En plus, je déteste être ignorée. Heureusement que je parviens à être respectée, ici. Ce n'est pas le cas de quelques professeurs, malheureusement pour eux. Bref, le monsieur, maintenant. Il sentait la cigarette. Je déteste la cigarette. C'est malsain, ça sent extrêmement mauvais, le goût est exécrable. Puis, une fois qu'on a tiré une clope, l'odeur nous poursuit pendant deux heures, au moins. A moins de se laver. Même avec un chewing-gum, ça ne part pas. Je le sais, parce que durant mes mauvaises années, des idiots ont réussir à me convertir à la cigarette. Une fausse amitié. Loin de celle qui me liait à mes amis d'enfance, ceux de Rio de Janeiro. Mais j'ai réussi à arrêter à temps, quand je me suis rendue compte que tous les effets néfastes que le tabac avait sur ma santé. Ces faux amis fument toujours... Mais je me fiche pas mal de ce qu'ils sont devenus. Quoi qu'il en soit, l'idée que j'avais de la cigarette me donnait une image assez mauvaise de cet homme. L'odeur dérangeait aussi Nayden. Je décidais donc de le poser sur la table sous laquelle la fille rose s'était cachée.

« - Bonjour, monsieur. Que faites-vous avec cette valise, au juste ? »
« - Je cherche une adolescente, cheveux et yeux roses, vous ne l'auriez pas vue ? »
« - ... »
« - Je crois l'avoir effrayée involontairement tout à l'heure. »

Ah. La voilà, l'histoire. Mademoiselle est une peureuse. Ou bien cet homme un psychopathe. Je préférais opter pour la première option. Puis, c'était plus plausible que la deuxième. Maintenant, je ne savais pas vraiment quoi dire. D'un côté, je voulais retrouver le calme de ma bibliothèque au plus vite. D'un autre, j'aurais souhaité connaître davantage la jeune personne que je venais de rencontrer d'une manière tout à fait insolite. Alors, que dire à ce monsieur ? Devais-je essayer de cacher cette fille aux yeux de la personne qui la cherchait ? Ou bien la laisser partir, au contraire ? Quel dilemme. C'était un choix très dur à faire. En même temps, est-ce illégal de cacher une personne ? Mais l'homme avait-il de bonnes intentions ? Mmmh. Je regardais Nayden, en le questionnant du regard. Si seulement je pouvais parler aux animaux.
Le petit rat me fixa de ses yeux pétillants, en courant sur la table, ses petites griffes faisant résonner des bruits secs dans la bibliothèque. Je connais deux ou trois élèves qui adorent Nayden. Ils lui rapportent des friandises, viennent ici spécialement pour le voir. Il faut dire que ce rat est la petite mascotte de l'endroit. Il a eu le droit à son surnom, bien trouvé, il faut le dire. « Le rat de bibliothèque ». Mais Nayden ne me donna pas la réponse que j'espérais trouver avec lui. Les étudiants ne m'étaient pas d'une grande aide non plus, d'ailleurs... Je les entendais rire d'ici. « Regarde comme Mademoiselle Estragos est dans la merde, hé. Elle va faire comment, maintenant ? ». Pourquoi ai-je choisi ce métier, hein ? On peut me l'expliquer ? Pour lire en paix, toute la journée, et gagner ma vie ainsi. Gagner ma vie, c'est fait, mais lire en paix, c'est pas gagné.

Finalement, je décidais de jouer la carte de l'honnêteté, comme d'habitude. Je n'allais pas mentir à cet homme. Peut-être aurais-je la chance de voir une course-poursuite. Ou encore mieux, d'entendre la rose parler. Oh, je ne perds pas espoir. Elle doit bien savoir se servir de ses cordes vocales. A moins qu'elle soit sourde, mais j'en doute un peu, puisqu'elle a entendu ce monsieur arriver. Avec un léger manque d'assurance dans ma voix, je balançais la cachette de ma drôle d'invitée à mon interlocuteur.

« - Je crois que je vois de qui vous parlez... Elle est ici, en effet. Demoiselle ? Tu veux bien sortir ? »

J'espérais que la réponse serait positive. Sinon, j'allais être dans de beaux draps. Nayden demanda à regagner mon épaule ; nous vivons ensemble depuis assez longtemps, il est tout naturel pour moi de savoir répondre à ses demandes. Il paraît qu'un rat vit très peu de temps. Deux à trois ans. Je préfère ne pas y penser. Le mien a six mois. J'en ai eu un autre, avant, et sa perte m'avait vraiment peinée. J'aime beaucoup les rongeurs, bien plus que les chats, les chiens, ou les reptiles. Ils sont adorables. En plus, grâce à leur petite taille, je peux les emmener partout. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment on peut ne pas aimer ces bestioles. Mais passons, ce n'est pas de Nayden qu'il s'agit dans cette histoire, mais de cette mystérieuse fille aux cheveux roses. J'avais hâte de voir sa réaction. Ce qui est un peu honteux, pour quelqu'un qui est censé s'assurer du bien être des adolescents. Mais à quoi cela servirait-il de m'en cacher ? Il arrivait enfin quelque chose de spécial dans ce pensionnat. Et pour une fois, ce n'était pas un faux malaise.
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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Dim 20 Jan - 17:01


★Trahison, disgrâce ♪★


George retient sa respiration le corps tendu à l’extrême, figée dans l’attente. Comment tournerait la situation ? La jeune fille fixe de ses iris roses les souliers en cuir de l’homme, le temps semblait s’étirer, interminable, soudain la dame aux yeux bleus s’exprime, trahissant la confiance que la nouvelle arrivée semblait lui avoir accordée. Trahit telle Jésus par Judas, George fronce les sourcils, son regard trahissait sa surprise, son incompréhension et sa colère alors que ses lèvres restaient figées. Voulait-elle sortir ? Non. Avait-elle le choix ? Peut-être. Le silence s’installait alors que l’homme regardait autour de lui, se demandant de qu’elle cachette la jeune fille aux cheveux roses allait sortir. Il tourna la tête dans les sens puis, se baissa, observant le sol puis bientôt son regard fût attiré par une main blanche, posée sur le sol.

Elle était là, cachée sous la table, prostrée à quatre pattes. L’homme soupira, allons-bon, qu’est-ce qu’elle lui faisait là ? Il tendit la main pour l’inciter à s’approcher. George l’observe, les yeux plissés puis dédaigne sa main, que l’homme retira presque aussitôt en soupirant. La jeune fille fait mine de s’approcher, son pauvre accompagnateur se relève donc, soupirant encore une fois, laissant le temps à la fuyarde de sortir de son trou de souris. La nouvelle se relève cette fois, de toute sa hauteur, ne s’attardant pas sur les visages des curieux aux alentours se déplaçant lentement vers la porte de la bibliothèque, jetant un regard de travers à la dame aux yeux bleus, avant de franchir le seuil.

L’homme soupira, encore, il était trop vieux pour Ces conneries. «Merci pour votre coopération mademoiselle et désolé du dérangement. » Il sortit à la suite de la jeune fille qui semblait vouloir maintenir une certaine distance entre eux deux. Alors il avait dû lui faire peur. Mais ça lui était égale il n’était pas payé pour se lier d’amitié avec les gosses de ce foutu pensionnat. Juste pour les surveiller. Il se gratta la tête et avançait à travers le dédale de New age, indiquant de temps à autre la direction qu’ils devaient prendre, puisque que la nouvelle refusait de lui laisser prendre la tête ou de le laisser la rattraper, tout court.

Enfin arrivés, l’homme ouvrit la porte du secrétariat et s’y engouffra, se plaçant dans un coin de la pièce pour laisser la jeune fille rentrer à son tour. La secrétaire lui confia la clef de sa chambre, son emploi du temps, un kit contenant un bracelet, d’autres accessoires encore pour pouvoir lire dans toutes les langues possibles et imaginables avant de lui expliqua les règles de l’établissement. George écoutait d’une oreille distraite, ses yeux se balayaient toute la pièce, passant en revue l’agrafeuse, les petits trombones par milliers, évitant soigneusement la secrétaire et l’homme lui-même. Puis finalement on l’invita à sortir de la pièce, la priant de se référer à son emploi du temps à partir du lendemain. George acquiesce et se hâte de sortir de la pièce, valise en main. Le surveillant soupira de soulagement, c’était terminé, il n’allait plus devoir lui courir après aujourd’hui ! Il rit doucement, sous le regard suspicieux de la secrétaire puis il se hâte lui aussi de sortir, il avait bien mérité une cigarette…

Retourner à la bibliothèque serait facile, George se souvenait du chemin qu’ils avaient pris pour se rendre au bureau, il suffisait de le faire en sens inverse. Arrivée au pied de l’escalier, elle commença à grimper lentement, faisant claquer ses roues contre les marches, histoire de faire beaucoup de bruit. Arrivée tout en haut l’ancienne fuyarde fait rouler sa valise sur le plancher, lentement, puis ouvre la porte de la bibliothèque, sous le regard des curieux. Elle passa dans les rayonnages, le bruit des roulettes de sa valise continuaient de faire du bruit, elle saisit des livres au hasard. George alla se planquer sous une table, dans le fond libre et à l’abri du regard, pour lire, adossée contre sa valise, parce que de toute façon les chaises c’est pour les tapettes.



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Zelda N. Estragos

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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Mer 23 Jan - 15:33

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Je pensais que j'allais enfin pouvoir retourner bouquiner dans mon coin. En effet, malgré ma curiosité à son égard, la rose était partie, elle et l'homme -un nouveau surveillant, je crois, après réflexion- qui l'accompagnait. Je m'étais largement trompée. La fille revint à la bibliothèque, en traînant sa valise rose derrière elle. Elle se tira dans un coin, et commença à lire. Je n'y voyais aucun inconvénient. Cependant, en supposant qu'elle soit nouvelle, je me demandais si elle n'aurait pas dû poser ses affaires dans sa chambre avant. Au bout d'un moment, je me demandais si ce n'était pas ma logique qui déraillait. Cette gamine allait me rendre folle, avec son tempérament mystérieux et ses drôles de manières. Pourtant, c'est ce même mystère qui me poussait à vouloir la connaître davantage. Sûrement parce que l'inconnu attire les humains. On veut apprendre à connaître ce qui demeure un mystère pour nous, puis une fois que tout est dévoilé, on s'en éloigne. Il n'y a plus d'intérêt à continuer l'enquête, puisqu'elle est résolue. Cette adolescente n'avait pas une tête à se faire moult amis. Après, je pouvais me tromper, mais vu son arrivée dans la biblio' et sa teinture, je pensais bien avoir de bonnes raisons de penser cela. Moi non plus, je n'étais pas vraiment bavarde, quand je suis arrivée ici. Je ne me sentais pas à ma place. Trop de gens différents de moi. J'étais perdue. Moi qui faisait un parfait chef de bande à Rio me retrouvait terrée dans un coin de cette même bibliothèque, un livre en main, à observer les autres.
Observer les autres. Voilà comment je m'occupais. Il paraît que les personnes introverties aiment analyser le comportement des gens, qu'ils font ça naturellement. Moi, j'y crois. Quand on ne parle pas beaucoup, on peut au moins observer comment l'autre parle. Ses gestes, son visage, ses manières. Et en plus, ça porte un nom. Cela s'appelle de l'empathie. Et si de rares personnes développent ce talent inconsciemment, d'autres, comme moi, le font pour combler le manque de parole. Et ce n'est pas vraiment de la magie. Lorsqu'on voit quelqu'un froncer les sourcils, on sait que cette personne est peut-être énervée, vexée. Si un chat s'enfuit lorsqu'on essaie de le caresser, on sait qu'il n'est peut-être pas habitué à l'Homme. Et bien, l'empathie, c'est pareil. Mais en plus poussé. En parlant d'observation, je ne parvenais pas à cerner la jeune femme qui était venue sans crier gare il y a quelques minutes de cela. C'est pourquoi je m'approchais d'elle, en quête d'informations. Par simple désir d'en savoir plus sur elle. Peut-être que son pouvoir était lié à ce caractère, qui sait. Même si mes théories sur les Dons s'avèrent souvent fausses.

« - Eh, toi. »

Je fis quelques pas, puis je m'assis devant elle, au sol aussi, mais pas sous la table. Les autres élèves ne faisaient même plus attention à cet extra-terrestre qui semblait vouloir se la jouer excentrique. Ils commençaient visiblement à avoir l'habitude. Malheureusement, il semblait que le club des excentriques était fermé. Ah oui, les groupes d'adolescents, c'est un sacré sujet, ça aussi. On en distingue plusieurs par ici.
Bien sûr, on voit des attroupements de filles, mascara, rose bonbon, talons aiguille et « je joue la grande avec plein de responsabilités » alors qu'elles ont même pas l'âge de passer le permis. Elles font peur. Il n'y a pas grand-chose à dire sur elles. Les garçons, le maquillage, la mode, les ragots. Les populaires, quoi. Ensuite, il y a la même chose, mais du côté des garçons. J'ai souvent affectionné davantage les sujets de conversation de ces groupes-là. Les mangas, les jeux vidéos, parfois les filles. En y repensant, je n'étais pas du tout intéressée par tout ce qui touchait à l'amour, au sexe. Je ne le suis toujours pas. Je déteste les blagues qui traitent de ça, et c'est souvent pour cette raison que je m'éloignais de mes amis, qui s'amusaient à jouer les racailles pré-pubères et immatures. J'étais là. Mais muette. Je ne disais rien, je souriais parfois, et lorsque l'occasion se présentait, je plaçais une phrase, l'air de dire « moi aussi, je suis là ». Mais mon esprit allait toujours à mes amis d'enfance. Pas une seconde durant mes premières années à New Age il est resté sur l'île. Mon corps était bien là, aux Bermudes, mais mes rêves, mes ressentis et mes peines allaient tous au Brésil. Maintenant, je me sens vraiment chez moi, ici. Enfin. Nayden sauta de mon épaule. Je le rattrapais avant de le poser par terre. Le rongeur crapahuta jusque la rose, alors que je lui adressais un sourire amical, dans l'espoir de gagner à nouveau sa confiance. Complètement farouche. Une vraie bête sauvage.

« - Tu peux le prendre dans tes mains si tu veux. Il ne mord pas. Fais juste attention à ne pas lui faire mal. C'est Nayden. »

Je la fixais de mes yeux pâlichons, en essayant de percevoir le moindre changement qu'il y aurait pu avoir sur son visage. Elle était vraiment inexpressive. C'en était presque effrayant à voir. Quel étrange personnage …

« Tu ne vas pas dans ta chambre ? C'est peut-être mieux pour commencer, non ? »

Peut-être ne connaissait-elle pas l'emplacement des chambres. Dans ce cas, elle n'avait qu'à me demander. Au péril de la vie de ma bibliothèque, je l'aurais laissée aux bons soins d'un élève mature, le temps de lui indiquer la route à suivre. Maintenant, je voulais savoir si mon interlocutrice silencieuse (le mot « interlocuteur » n'a plus aucun sens à partir de là) aimait lire. Je supposais que oui, étant donné qu'elle le faisait en ce moment-même. Peut-être était-ce un bon moyen d'engager la conversation. A méditer.
En tout cas, j'espérais, une nouvelle fois, entendre sa voix. Je commençais à voir cette option comme une douce utopie. Comment allait-elle faire, en cours, si elle ne causait pas ? Ça risquait d'être un peu compliqué.
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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Ven 25 Jan - 19:06


★Laisser le silence s'exprimer★

Cachée sous la table, George se sentait à l’abri de tout. Sauf des histoires qui la transporteraient sans aucun doute. La couverture en papier glacé était jolie, on pouvait apercevoir un sous-marin, le nautilus, scrutant les fonds marins. 20 000 lieues sous les mers. La jeune fille l’avait déjà lu, comme beaucoup d’autres de ce cher Jules Verne, elle avait juste volontairement choisi d’ignorer pour le moment les Cinq cent millions de la Begum, trouvant le thème un peu trop … Terre à terre. Ce qu’elle aimait c’était l’univers Steampunk, les fabuleuses aventures, les batailles contres des monstres légendaires. Les univers enchanteurs, les contes de fées, des écoles de sorcellerie, des Eldorados plus extraordinaire les unes que les autres, voilà ce qu’elle aimait, les livres avaient ce pouvoir, ils arrivaient toujours à la surprendre, toujours à l’emmener loin de sa vie silencieuse et ennuyante, loin de cette routine enivrante. Pour un peu elle y plongerait bien, s’intégrerait à l’histoire, épée à la main pour occire de vilains dragons et secourir des princesses.

La jeune fille caresse une dernière fois et ouvre le livre, presque religieusement, elle glissa son index sur la page, elle adorait la sensation que lui procurait ce simple geste, annonciateur de tant de merveilles… Elle tourna la page, le titre du livre trônait au milieu de la page, ses lettres d’encres noirs étiraient paresseusement leur patte pour en occuper dignement le centre ou bien était-ce pour capturer le lecteur ? George, impatiente, tourne la page encore, jette un œil à la dédicace puis plonge sans plus tarder son regard sur le premier chapitre, Un Ecueil Fuyant.

« L’année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitaient les populations des ports et surexcitaient l’esprit public à l’intérieur des continents, les gens de mer furent particulièrement émus. Les négociants, armateurs, capitaines de navires, skippers et masters de l’Europe et de l’Amérique, officiers des marines militaires de tous pays, et, après eux, les gouvernements des divers États des deux continents, se préoccupèrent de ce fait au plus haut point.
En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires s’étaient rencontrés sur mer avec « une chose énorme » un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu’une baleine.
Les faits relatifs à cette apparition, consignés aux […] »

Un bruit. Ou plutôt une phrase interrompit sa lecture. George glissa ses iris sur le côté du livre, penchant presque la tête pour apercevoir son interlocuteur. Des yeux bleus pâles semblaient l’observer avec attention. Elle riva son regard dans le sien, maintenant le contact quelques minutes qui s’éternisaient avant de cligner de la paupière et de détourner son regard, sans esquisse le moindre son. Quelque chose d’autre avait attiré son attention, un couinement. La jeune fille dépose son livre sur sa valise, pour ne pas le salir. Maintenant elle pouvait voir le rongeur et ses iris étaient décidé à le suivre. Il trottinait allégrement sur le sol, dans sa direction. Se souvenait-il d’elle ? Elle garda ses mains dans le jupon de sa robe, ne sachant pas s’il s’offusquerait si elle tentait de le toucher ou même de le tenir dans ses mains. Pourtant, il était là, si proche d’elle, cela ne lui était-il pas suffisant ? Puis comme pour confirmer sa question muette la paire d’yeux bleus lui dit qu’elle pouvait se risquer à le prendre entre ses mains. Ses yeux s’agrandissaient et ressemblaient maintenant à deux soucoupes, ses lèvres elles n’avaient même pas tressaillis.

George tendit les deux mains en avant et attrapa, délicate, le petit Nayden puisque c’est comme ça qu’il s’appelait. Elle le déposa tranquillement contre ses genoux, caressant doucement l’animal. Elle resta comme ça un instant, alors que la propriétaire de rat lui adressa une nouvelle fois la parole, la jeune fille releva la tête, accrochant à son regard une nouvelle fois. Elle pencha la tête sur le côté, semblant ne pas comprendre, elle attrapa le rat et le déposa à côté d’elle doucement, se mettant sur les genoux pour se hisser plus près de son interlocutrice. Après avoir réduit leur distance à presque deux centimètres, elle attrapa la main de la femme à la peau basanée avec ses deux mains, posa le dos de sa main contre sa paume et y traça silencieusement quelques lettres, l’une à la suite de l’autre, pour répondre à une autre question silencieuse de son interlocutrice « G-E-O-R-G-E ». Son prénom.



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Zelda N. Estragos

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MessageSujet: Re: Entre deux mondes.[PV] Mer 30 Jan - 15:38

Spoiler:
 

George. C'est le nom que la rose a écrit sur ma main, délicatement. Elle était très étrange. Fascinante. Son regard était presque hypnotisant. Savais-tu que de temps à autre, j'essaie d'imaginer mes interlocuteurs dans un livre ? Comment est-ce qu'on pourrait les décrire, les jouer. Eh bien cette fille, au caractère si particulier, je la voyais parfaitement dans un bon roman. Je visualisais le texte, son évolution, le mystère qui plane autour d'elle. Le personnage parfait. Étrange, charismatique, original, au centre de l'intrigue. Une source d'inspiration inépuisable.
Elle ne semblait pas vouloir parler à voix haute. Je décidais d'en faire de même. Alors je l'ai laissée sans dire un mot, et j'ai saisi la bouteille d'eau qui traînait sur mon bureau. J'ai mis un peu de liquide dans un gobelet, puis je suis retournée auprès de George. George, un prénom masculin, habituellement, à ce que j'ai vu. Il n'est pas brésilien, ni hispanique. Je ne saurais dire son origine exacte, en fait. Des George, j'en ai vus des pays slaves, mais il y en a aussi des français ; on en voit souvent dans les vieux livres. C'est pour ça que l'origine de ce nom m'est inconnue. J'ai posé le gobelet par terre, maintenant, et je laisse George à la contemplation de mon rat. Voilà des années que j'ai développé mon pouvoir dans un but particulier ; non pas pour combattre et lancer des jets d'eau, mais pour sculpter. Créer des créatures éphémères, qui ne vivent pas bien longtemps. Des animaux translucides, bleutés, qui se mouvent dans un ballet étrange, fluide, liquide. Je n'arrive à les tenir que quelques secondes, car mon esprit se concentre énormément. Je dois les construire, les animer, en parfaite coordination, avec une grande cohérence.
Elle lisait une œuvre française, « 20 000 lieues sous les mers ». Une bonne lecture. L'eau est un élément fantastique. L'océan est merveilleux. Il n'est fait que d'énigmes, et garde les secrets du monde. Sommes-nous déjà allés jusqu'au fond des mers ? Non. Certains endroits sous-marins demeurent inconnus pour nous. Et cet « inconnu » nourrit notre imagination ; serpents de mer, krakens, dragons, sirènes et créatures cauchemardesques, léviathan ! Existent-ils ? J'ose croire que oui. Qu'est donc une vie si on ne croit plus à rien ? Le rationnel est-il vraiment utile ? Si l'humain est doté d'un cerveau capable de penser et de supposer, d'imaginer, c'est pour s'en servir, et rêver. Et si ces bêtes n'existent que dans mes rêves, au moins peuvent-elles prendre vie grâce à l'eau. Y compris l'eau dans mon gobelet. Le gobelet posé au sol.
Je levais mes mains discrètement, et commençais à faire une forme allongée. Je la séparais en plusieurs parties, dont la majorité étaient fines, avec à leur extrémité une sorte de losange arrondi. Je faisais des ventouses, un œil, puis un deuxième. Peu à peu, une pieuvre géante, de la taille d'une petite bouteille, prenait forme. Et finalement, elle s'éleva, ses tentacules gigotant dans l'air. La créature tenta d'approcher George, en la fixant de ses yeux globuleux. Elle nagea un instant, fonça, féroce, puis se dissout en une masse informe. Je commençais alors à former un sous-marin, objet plus facile à manipuler. Le véhicule commença à tourner autour de la rose et de mon rat, qui essayait de briser l’œuvre. Je continuais ce manège, quelques minutes, avant d'arrêter, les mains moites. Je n'ai vraiment jamais été douée pour maîtriser mon pouvoir. Doucement, l'eau retourna au fond du gobelet. J'espérais que cette petite démonstration allait attirer l'attention de mon interlocutrice -pour peu qu'on puisse désigner cette rencontre comme une conversation. Elle n'était pas muette, c'était certain. Je le devinais. Un pressentiment, en quelque sorte. Nayden était bien installé ; c'est un animal qui aime la tendresse, les caresses. Le petit rat devait se sentir à sa place, ici. Moi, je comptais prendre la parole, une fois de plus. Qu'aurais-je fait pour arracher des mots à cette adolescente. Sa façon d'être, si étrange, je ne m'en souciais même plus. Visiblement, les chaises, c'était pas son truc.

« - Tu aimes bien les livres de ce style ? Il y en a beaucoup dans les rayons. C'est aussi ceux que je lis pour m'occuper. »

Je la fixais. Avait-elle déjà ce bracelet qui permet de comprendre le langage d'autrui ? Sinon, ça pourrait expliquer bien des choses. Très sérieusement, ce mutisme ne m'aidait pas beaucoup. Moi-même, en temps normal, je ne suis pas très sociable. Cependant, il est tout de même possible de démarrer une conversation avec moi. Pas George. Pour parler avec elle, il fallait s'armer de patience, se faire à son langage, apprendre à décrypter ses émotions. Je sens que les professeurs allaient avoir du mal avec elle, en cours. Et surtout, qu'elle allait avoir du mal, avec les amis. Ceux qui ne parlent pas ne s'intègrent pas. C'est la loi, ici, comme dans n'importe quel établissement. Il faut savoir se démarquer, dans le bon sens du terme, pour se trouver rapidement un entourage. Et c'était mal parti pour la muette.

« - Si il te plaît, tu pourras l'emprunter, aussi. La bibliothèque est là pour ça. Le livre, je veux dire. »

Bah oui. On va pas emprunter le rat, quand même. Ce serait bête. « Venez emprunter Nayden pour la semaine, nourriture comprise ! ». Enfin, trêve de plaisanteries ! Le système d'emprunt allait peut-être éveiller un certain intérêt de la part de cette fameuse George. En tout cas, c'était le résultat espéré. Cette fille semblait apprécier les animaux. Savait-elle qu'une animalerie est présente sur l'île ? Si l'envie lui prenait, l'achat d'un compagnon n'était pas interdit, au contraire. Cependant, de là à le prendre en cours, il y a des limites. Nayden est une exception, en quelque sorte.
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